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Des clics et des claques

 

Tout part de là.
Ce gentil monsieur, après m’avoir suivi sur Instagram, me demandait pourquoi je ne le suivais pas en retour.
Le plus naturellement du monde. Armé de mon super anglais, je lui répondais grosso modo que je ne faisais pas de #Like4Like, une des raisons pour laquelle mon compte Insta ne démarre pas, et ne le fera probablement jamais. Vous vous en doutez surement, je perdais un follower quelques secondes plus tard.

Je ne suis pas naïf. Ce qui est étonnant, ce n’est pas cette technique du « follow / unfollow » bien connue par tous les utilisateurs d’Instagram. C’est que la technique elle-même est devenue si naturelle à l’utilisation de ce réseau social que plus personne ne s’en cache.

ON VEUT DU LIKE, OKAY ? 

Facebook et Instagram sont des drogues

Ce que vend Facebook aux marques, c’est toi. Donc bien évidemment, Facebook veut que tu passes un max de temps avec lui histoire de s’en mettre plein les poches. Et comment il te garde ce petit coquin ? Eh bien grâce aux likes.

 

Tiens, de l’amour.

 

Qui ne ressent pas une pointe de satisfaction lorsqu’il reçoit un petit cœur sur une de ses photos Insta ?
Pour la faire courte, lorsque vous publiez une photo, un statut, un commentaire, et qu’on vous like, vous recevez automatiquement une dose de dopamine, la molécule associée au plaisir.
 C’est pas moi qui le dit, c’est Sean Parker, le président de Facebook, ici.

Ils ont beaucoup bossé pour ça, et l’équation est la suivante : je publie, je reçois du plaisir, donc je publie de nouveau. Facebook a créé une boucle de dépendance, basée sur le fait que votre propre cerveau vous récompense lorsque que quelqu’un like votre contenu.

Je regarde donc les statuts des autres et j’en poste sur moi, je like les contenus de mes amis et ils me likent. C’est une course à l’audimat de l’intime, et cet exhibitionnisme implique un retour sur investissement, c’est-à-dire une volonté de recueillir un maximum de likes, un maximum de commentaires, pour un maximum de plaisir. Cette course au narcissisme est telle que l’addiction aux selfies est maintenant classifiée comme une nouvelle maladie mentale.

C’est d’autant plus dangereux que l’auto-promotion déclenche l’auto-promotion. Quand on voit une belle photo d’un ami sur Insta, une manière de compenser est de publier des photos de nous encore meilleures, qui donnera envie à un autre pote d’en faire autant :

La boucle est bouclée, l’addiction propagée. Facebook et Instagram, c’est de la drogue, et la drogue, c’est mal.
Tiens d’ailleurs, si tu en doutes encore ou que tu veux savoir combien de temps il a réussi à te faire perdre, jette un œil ici. Outch.

Bon. Mais en fait, on s’en fout un peu non ? Tout ça n’a aucune incidence, pas vrai ? FAUX.

Un like = une prière

 

Oui, oui c’est vraiment arrivé.

 

Le 13 novembre, Chamath Palihapitiya, ex-dirigeant de Facebook, a annoncé dans une vidéo que :
« Les boucles de réaction à court terme, dopaminergiques, que nous avons créées [notamment avec le bouton ‘j’aime’] sont en train de détruire la façon dont la société fonctionne »

Allez, on fonce dans le tas :

Le like augmente notre anxiété et notre dépression.

“En ce moment, je n’en peux plus, je bosse beaucoup, je n’ai plus de vie, je veux partir en vacances et j’ai le sentiment que tous mes amis sont en Thaïlande.”

Sur Facebook et Instagram, on ne montre que les bons côtés de la vie, des morceaux choisis par nos soins.
Plages paradisiaques, hamburgers alléchants et soirées déjantées, voilà que ce l’on voit passer en quasi-permanence sur nos timelines Facebook et Instagram. Et pour cause, sur les réseaux sociaux, armes fatales du personal branding, on ne dévoile que ce l’on veut bien et en particulier ce qui est susceptible de faire saliver nos voisins virtuels. C’est à coup de photos de piscines à débordement, de paysages somptueux, de vacances idylliques et d’intérieurs parfaits que se joue la guerre psychologique virtuelle, la surenchère du bonheur affiché.

“Face à des gens qui ont plein d’amis, plein d’activités, on dévalorise son propre capital social alors même qu’il était satisfaisant.”  Source : Cheek.

Pour parler chiffres, la moitié des 14-24 ans affirme que Facebook et Instagram exacerbent leurs sentiments d’anxiété et 2/3 des jeunes déclarent que Facebook aggrave les cas de harcèlement sur le Net selon la Royal Society for Public Health.

Voici Essena O’Neil, une blogueuse mode qui a subitement lâché ses 690 00 followers pour dénoncer l’impact négatif des réseaux sociaux.

En légende de ses photos, elle décrit à présent le temps qu’elle passait à regarder des photos de “filles parfaites” sur les réseaux sociaux, et comment elle rêvait d’être l’une d’elles. “Et quand j’étais ‘l’une d’elles’, je n’étais toujours pas contente ni satisfaite, ni en paix avec moi-même.”

Dans un monde où plus personne n’a honte de poster des articles du genre « Tu veux être hype ? Il te faut un gros cul« , et que cela mène à l’augmentation de 60% des demandes de chirurgie esthétique, on voit clairement l’impact négatif qu’ont les likes sur l’estime de soi.

Mais ça peut aller plus loin.

 

Par amour du like

Joli hein ? Le mec qui a pris cette photo est mort.

Récemment, un jeune youtubeur chinois est mort en tombant du 62ème étage d’un gratte-ciel.
Alors non, ce n’est pas les réseaux sociaux qui l’ont directement tué. Mais le désir d’approvisionner son compte Instagram l’a probablement poussé à franchir des limites qu’il n’aurait pas du franchir.

Je suis bien placé pour vous en parler, parce que je l’ai fait pour Sineyes ou Pretty Wise.
Monter sur un immeuble au Japon bourré au saké à 3h du matin, j’en étais assez fier, sauf que voilà : j’ai eu plus de chance, mais pas plus de bon sens. Nous ne sommes malheureusement pas des cas isolés : celui-ci est mort sur un métro, celui-là en direct sur Instagram. Et ceux-là ont même essayé de prouver sur leur chaine Youtube qu’on pouvait arrêter les balles avec un livre. Spoiler : ça ne marche pas.

La jeunesse, qui est née avec ce système et l’a parfaitement intégré, n’a pas le même recul que nous qui sommes déjà des vieux cons. Les likes et autres interactions agissent directement sur leur réalité, car les réseaux sociaux sont devenus le système d’évaluation exclusif de leurs vies.

En d’autres mots, leur côte de popularité est directement chiffrée. Et les chiffres font souvent mal. Dangereux quand on sait à quel point on peut être fragile dans la pré-adolescence. Un ado pourra donc être facilement tenté de dépasser les limites, que ce soit en risquant sa vie ou en montrant son cul.

Vous êtes le prochain contenu à liker (ou pas)

Maintenant que le like est bien ancré dans les mœurs, il est fort probable que dans un avenir proche, nous allons même pouvoir – voire devoir – noter les personnes. Es-tu si certain que cela n’arrivera pas ? Check ça

Noter de vraies personnes, avec de vraies conséquences dans la vraie vie. Et ce n’est pas une perspective rassurante. Il serait peut-être temps de repenser notre rapport aux réseaux sociaux, non ?

 

Du coup, ça like ou pas ?

 

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